Entretien avec Alexandre Collard


1. Vous avez gagné le 1er prix du Concours international de Prague en 2018. Pouvez vous nous raconter comment s'est déroulé le concours? les moments forts?

Le concours s’est déroulé sur une belle semaine de printemps, en trois tours, avec à chaque tour plusieurs pièces contrastantes de style et de formation. Au premier tour une pièce contemporaine pour cor seul et un concerto classique en version cor et piano, au deuxième tour un concerto baroque, une sonate XXe et une création, le tout en cor et piano, et en finale de la musique de chambre classique et un concerto XXe avec orchestre. Cette diversité, dans une ville au passé culturel riche et incontournable, fait de ce concours du printemps de Prague un événement majeur dans les concours internationaux.
Le jury m’a décerné ce premier prix, j’en suis très fier. Le moment le plus fort pour moi a été la remise du prix de la meilleure interprétation de la création de la pièce de Jiri Gemrot, à l’issu du deuxième tour. J’ai beaucoup travaillé pour que l’interprétation de cette pièce inédite soit convaincante et mes efforts ont été récompensés. Cela m’a mis en confiance pour donner le meilleur de moi-même en finale.
Un autre moment fort pour moi a été de retrouver cette ambiance particulière à l’orchestre lors de la répétition pour la finale. Tous ces instruments qui chauffent simultanément avant de prendre le « la », voilà un brouhaha familier que je n’avais pas entendu depuis quelques temps, étant concentré à travailler avec piano uniquement, j’étais alors « comme à la maison », c’était une sensation réconfortante.

2. La préparation à un concours international doit être similaire à celle d'un sportif de haut niveau pour une compétition. Avez vous un régime alimentaire spécial? Faites vous du sport? Comment organisez vous votre planning de travail?

J’essaye au contraire de conserver mes habitudes alimentaires, mon rythme habituel et une hygiène raisonnable, le but étant que cette épreuve me semble naturelle, histoire de réduire la pression. Je me suis plutôt habitué à jouer plus longtemps, dans des conditions défavorables, devant un public exigeant, afin que le jour J, jouer soit un plaisir et non une contrainte stressante. Mon travail pour ce concours a commencé longtemps à l’avance pour pouvoir l’intercaler avec d’autres activités musicales d’orchestre, de musique de chambre, de concerts en soliste, mais aussi des concerts de rodage, et bien sûr des vacances... il ne faut pas oublier de vivre au présent pendant cette période de préparation ! (Évidemment, le cor visitait les mêmes plages que moi, l’endurance ne s’invente pas!)

3. Quel conseil donneriez vous à des jeunes cornistes qui souhaiteraient se présenter à des concours internationaux?

L’investissement mental est aussi important que le travail sur l’instrument. Apprendre à se connaître en condition de concours ou de concert (car le but des concours est de donner ensuite des concerts) est indispensable. Nous sommes tous les meilleurs cornistes dans notre salle de bain, que chaque scène soit notre tapis de douche !
La connaissance de la partition est ensuite une étape cruciale. L’analyse harmonique, thématique et rythmique, le par cœur, l’écoute de versions variées, le contexte historique, tout ce travail sur table permet à l’élève de sortir de son rôle d’élève vers celui de professionnel, bien plus que le travail technique sur l’instrument. C’est cet investissement en temps intellectuel qui va optimiser la musicalité de l’interprète. Cette étape est longue, elle s’enrichit au fil des années, des rencontres. Le travail sur le cor est évidemment important, mais sera facilité par ces premiers points. Je recommande un travail lent et progressif, une exigence forte, une recherche de bonnes sensations et de facilité de jeu. Le travail à plusieurs est bénéfique, surtout avec des non cornistes. Commencer tôt à travailler avec piano permet d’aborder la pièce avec un sens plus musical qu’uniquement technique.
Enfin, l’avis extérieur est indispensable. Voici quelques idées qui m’ont servies :
- se filmer souvent pour une auto critique musicale mais aussi visuelle, il faut avoir l’air à l’aise, que la pièce semble facile.
- voir régulièrement un ami, un professeur, de préférence pas toujours le même d’ailleurs, corniste ou non, pour multiplier les idées musicales et techniques et se confronter à un regard extérieur.
- avoir joué chaque pièce en condition avant le concours, si possible plusieurs pièces à la suite (j’ai organisé trois concerts de rodage, avec un pianiste et trois ou quatre personnes dans le public, et j’y enchaînais deux tours complets à chaque fois).
- se faire aider d’un coach, un ami proche ou un professionnel, pour la motivation, pour le divertissement, pour la confiance en soi, surtout les quelques jours précédents le concours jusqu’à la finale.

Prêts pour le concours ? Surtout, amusez-vous sur scène, après tout, vous aimez jouer du cor.
Cette activité, c’est votre passion, alors soyez sincères et généreux, partagez-là !